A l'aube de ses 3 ans, et alors que ses dernières
heures de "Bébé" filent entre mes doigts sans que je parvienne à
les retenir, il est temps de faire un point sur ses
DOUDOUS.
Le dernier rapport remonte à 2 ans... Depuis, les choses
ont évolué. Certains diront : "ont empiré".
Ce
qui est drôle, c'est que ni Nicolas, ni moi, ne parvenons à nous
rappeler du moment précis, de l'instant X où Diane
a choisi son doudou. Je crois qu'elle avait 6 ou 7 mois, quand
le morceau de tissu (rose, à l'époque) a
commencé à squatter la poussette, le transat, le trotteur, le sac à
langer, et bien sur, le lit.
La
première chose dont je me souviens, c'est qu'elle
s'endormait en se le posant sur le visage. Alors, je me
faufilais dans sa chambre en pleine nuit pour dégager son nez, mais
elle replaçait systématiquement le doudou. C'est là que j'ai
compris que cette peluche avait quelque chose de
spécial...
Dès
qu'elle a su tenir debout, et afin d'avoir les mains libres pour se
déplacer en "spiderman", elle se posait Doudou sur la tête, ou
alors elle le tenait entre ses 4 dents. J'avais toujours peur
qu'elle se prenne les pieds dedans, mais en maman-moderne-pas-castratrice-confiante-en-son-enfant, je
taisais mes craintes, et laissais faire...
Dou-dou, première syllabe
maîtrisée et prononcée, avant Pa-pa, et bien avant Ma-ma... C'est nous qui lui avons présenté
l'objet sous ce nom. J'aurais aimé lui laisser le temps d'en
trouver un, mais je n'ai pas eu le courage de désigner
pendant encore 6 ou 12 mois l'objet de tous ses désirs sous son
terme scientifique... "Diane, tu
veux ton objet transitionnel ?" Non, vraiment, ça
manquait de charme. Nous avons donc fait simple et efficace, très
vite et d'un commun accord nous l'avons nommé Doudou...
Mais
Doudou est partageur. Pendant un temps interminable, Diane m'a
appelée Doudou, sans se décider à prononcer le doux mot de Maman.
Moi. Sa mère. Sa génitrice. 9 mois de
grossesse et 24h d'accouchement. Réduite au rôle de
Doudou... Epouvantable période.
Bien
sûr, depuis, Miss s'est largement rattrapée et m'arrose à volonté,
et même plus, de ces 2 syllabes tant espérées. J'ai même compris
que c'était normaâal, n'est-ce pas, qu'elle ne voulait pas se
séparer de môa, n'est-ce pas... Il n'empêche, je garde de cette
époque une rancune tenace envers le bout de tissu adoré.
Tant
et si bien que j'ai essayé de le remplacer. Pour
de vrai. Par une copie conforme, et sous le prétexte que
"si on en perd un, on trouvera
toujours l'autre". C'était sans compter sur l'odorat
sur-développé de ma fille, qui m'a très vite expliqué que
"ça va pas la tête, t'es
complètement miro, ils n'ont rien à voir !".
D'ailleurs, dès qu'elle a su parler, elle a trouvé à l'usurpateur
un nouveau patronyme : "Doudou Jeanne", du nom de sa copine de
l'époque. Ce nom lui est resté, mais aujourd'hui, même nous ne
pouvons plus les confondre, tant Doudou Jeanne est restée rose et
blanche, alors que Doudou... a viré au gris-marron
indéfinissable.
Son
père a fait un test, ce week-end. Diane-cobaye sur ses genoux, il a
trouvé sur internet une photo de son doudou à vendre. Et Diane
d'expliquer doctement à son père : "Mais non, Papa..... C'est pas Doudou, c'est
Doudou Jeanne !" Et joignant le geste à la parole, elle
lui a montré : "Re't'arde, Papa,
Doudou Jeanne est rose, Doudou est gris !" Elémentaire,
mon cher Watson...
Je
tiens, à ce point du récit, à vous donner une petite précision : si
si, nous avons l'eau courante à la maison. Et
même, incroyable mais vrai, une machine à laver, presque
neuve, avec tout un stock de lessive qui coûte un bras mais
qui sent terriblement bon (selon les critères
maternels). J'aurais donc pu empêcher Doudou de virer au
gris.
Mais
comme je vous l'ai annoncé en préambule, plus Diane grandit, moins
il est facile de l'éloigner de Doudou. Comme dans le même
temps, elle devient tout à fait capable de se passer de moi (en
journée du moins), je me dis que Doudou y est peut-être pour
quelque chose. C'est comme une espèce de transfert qu'elle a
démarré à ma reprise du boulot (7 mois) et qu'elle a accéléré avec
ma prise de boulot à plein temps (30 mois). Alors je
n'insiste pas, et je la laisse trimbaler Doudou partout. PARTOUT. ABSOLUMENT
PARTOUT.
Mais
comme il me reste quelques notions d'hygiène, et que mon nez
délicat ne souffre pas toujours l'odeur du Doudou Cracra, nous avons passé toutes les
deux un accord tacite : un samedi matin sur deux, je le lave.
Systématique (systématiquement...) elle proteste, pleurniche,
s'énerve, tente de me convaincre, part bouder, et revient toutes
les 10 minutes me demander si Doudou a fini son bain. Quand enfin
la machine calme ses derniers soubresauts, elle se précipite
et m'appelle. Parce que son despotisme a des limites, elle me
laisse prendre le temps d'étendre le linge, mais surveille le
moindre de mes faits et gestes. Quand elle aperçoit Doudou, elle
glousse, re-glousse de bonheur, et freine l'élan qui la pousse vers
lui. Elle sait qu'il "propre
Doudou, mais tout mouillé !" Alors, elle court dans la
salle de bain me chercher le sèche-cheveux.
Je
branche l'engin, Diane s'installe à une distance respectable du
bruit et de la chaleur, mais ne me quitte pas des yeux. Avec les
années, je suis devenue une experte. Je suis capable de le sécher
en 10 minutes chrono. Tant bien que mal, Diane patiente, et à la
seconde où j'éteins le sèche-cheveux, elle se jette sur moi et
m'arrache, ou presque, le
doudou des mains.
Tant
pis si il est encore humide, tant pis si il est plein d'odeur
chimique, Diane enfouit son visage dedans, rigole-sanglote, et
s'enfuit dans sa chambre, au cas où
il me vienne à l'idée de recommencer.
Pour
lui adoucir ce moment, j'ai tout essayé : la prévenir la veille,
lui piquer en douce le doudou pendant qu'elle est devant les
dessins animés, lui proposer une balade ou un jeu le
temps que la machine tourne... Rien à faire. Sa vie est
suspendue pendant une heure, elle fait les choses à moitié
concentrée, me boude plus ou moins ouvertement, et ne se détend
tout à fait qu'une fois Doudou rendu à sa propriétaire.
Le grand
âge de Diane nous permet toutefois une petite
nouveauté que j'apprécie à sa juste valeur. Désormais, Diane le
sait, si elle décide de balader Doudou avec elle, ce sera
SA
responsabilité. A elle d'y penser, d'y faire attention, de ne pas
l'oublier, de ne pas trop le salir... Bien sûr,
nous gardons toujours un oeil dessus. Mais officiellement, on
ne S'EN OC-CUPE PLUS !
Débrouille-toi cocotte...
Nous assistons donc, éberlués, à de
rares moments où Diane hésite, tergiverse, et finalement décide de
sortir au parc SANS Doudou.
Ben oui, les mains libres pour monter sur le toboggan, c'est quand
même mieux. Et le Doudou dans la bouche, ça allait tant qu'elle ne
parlait pas, mais désormais, ses priorités ont légèrement
changé.
Bien
sûr, nous n'envisageons pas une seconde d'enterrer Doudou. Il est là, bien là, et
quelques choses me dit que dans les mois qui vont suivre, Diane
lui trouvera un surcroit d'intérêt... Et de toute façon, il
est absolument HORS de question de lui interdire, ni même de lui
imposer quoique ce soit (que la nuit, que la sieste, que la
chambre)... Elle fera ce qu'elle veut avec, le temps qu'elle
voudra. Et le gros, l'immense avantage du Doudou
sur la tétine, c'est qu'on ne lui interdira pas à l'école...
D'ailleurs, elle a déjà pigé, grâce à Bali et autre
T'choupi à l'école, que le Doudou ira dans une
"boite à doudous" la
journée, qu'elle le récupèrera le soir. Et pour l'instant, ça n'a
pas l'air de la traumatiser...
Alors, ma Dianette,
tripote l'étiquette, suçotte l'oreille, câline, caresse, respire
ton Doudou à ton aise... C'est promis, même à 3 ans, tu
pourras continuer, sans aucune crainte à avoir. Et un jour lointain, je te raconterai l'histoire
de MES doudous, et je t'avouerai l'âge indu auquel j'ai arrêté de
dormir avec...

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